« Quand je suis né, j’étais recouvert par la poche amniotique encore intacte. J’avais déjà érigé un mur entre moi et le monde. »
Ma pratique plastique explore les mécanismes de distanciation du réel mis en place par les individus face à certains régimes de violence, plus particulièrement l’inceste ou les violences domestiques. Ces mécanismes génèrent des états de sidération ainsi qu’un trouble durable du rapport au réel et à l’identité : la dissociation.
Par le son, l’installation, la performance, l’image et le texte, je construis des situations où le réel se suspend, se fragmente et devient inopérant.
J’aime travailler par gestes et déplacements conceptuels minimaux afin de mettre en péril l’intégrité structurelle de mes pièces. Je cherche à produire un trouble et à suspendre, l’espace d’un instant, la confiance inhérente que le spectateur accorde au réel.
Mon travail s’ancre en grande partie dans une esthétique hantologique contemporaine, telle que théorisée par Mark Fisher.
BIO
Y99 — Naissance
Y06 — Perte du réel
Y17 — Université de Bordeaux
Y22 — Institut Supérieur des Arts et du Design de Toulouse
Y26 — École Supérieure d'Art et Design Toulon Provence Méditerranée
Y28 — Projet de Thèse
Contact : lilasdescottesbdx@gmail.com
RECHERCHE
J’aimerais dans l'idéal réaliser un minimum de 20 entretiens. Les questions posées seront très dirigées : elles viseront à trouver, éventuellement, des constantes esthétiques et/ou formelles chez les différents individus du groupe (taille, opacité, couleur, rapport à l’espace, interactivité, etc). L’enquête se veut comme une récolte de données extérieures à ma perception, permettant une objectivité relative. Ceci étant dis, rien ne permet de prédire la réussite de l’enquête ou la valeur des données récoltées dans le cadre de mon travail de recherche : l’enquête est un moyen annexe de nourrir ma réflexion et d’y insuffler une rigueur scientifique.
Mon projet de recherche porte pour nom provisoire : « Donner forme à la dissociation : traduction plastique des expériences dissociatives – appuyée par une enquête ethnographique de terrain ».
Depuis 2023, j’ai travaillé plastiquement sur cette thématique en souhaitant transmettre ma propre expérience de la dissociation. Le mémoire me semble être l’espace de réflexion adéquat pour étendre cette tentative de transmission, en passant de l’échelle individuelle à une échelle collective - plus rigoureuse dans une démarche de recherche-création.
Avec une approche conceptuelle similaire à « Everywhere at the end of time » de l’artiste The Caretaker, mon but serait de transmettre une vision du monde altérée - celle d’un groupe d’individu dissocié dont le rapport au réel a été affecté. Ainsi, par le biais de l’oeuvre d’art comme dispositif, le public parviendrait à toucher du doigt l’expérience retranscrite sans jamais l’avoir vécu. Les enjeux de ma problématique sont donc profondément épistémologiques.
La dissociation est un phénomène qui influe sur la mémoire, le sentiment identitaire ainsi que sur le rapport au réel et à l’environnement. Je souhaite questionner la possibilité de produire une forme à partir de projections collectives (enquête qualitative par entretiens). Le but serait donc de réussir à créer un pont esthétique et empathique (dans le sens de la transmission) entre les vivants et les survivants. Les entretiens ethnographique seront anonymes et non confrontant - n’abordant pas l’évènement traumatique, mais uniquement le phénomène de dissociation et les traits esthétiques et sensoriels du phénomène.
Questions fréquentes :
Que représente le vert dans votre travail ?
Le vert dans mon travail est à la fois un symptôme, un espace et un climat. S’inspirant autant du fond vert de cinéma (l’essence du simulacre et de l’effacement d’éléments présents dans le réel) que de la Kryptonite de Superman (la substance intime et viscérale qui nous rend vulnérable), cette teinte représente la trace corrosive de cet effacement du réel.
Pourquoi vos oeuvres et la structure de votre site sont-ils en anglais ?
Pour moi, là où je trouve la matérialité de la langue française trop concrète et précise pour mon travail, l’anglais est la langue de la suspension du réel. Si je devais le décrire en image, l’anglais est plus minimal (presque purement structurel), sans texture et dense en son centre, mais ses bords sont flous et se fondent avec le décor. Parlant autant l’anglais que le français, l’anglais s’impose souvent de lui-même comme le bon outil pour nommer les choses de cet espace hors du réel.
Vous ne vous rendez pas visible sur votre site et vous déléguez vos performances à d’autres performeur-ses, pourquoi ?
J’ai toujours eu un souci avec le fait d’être représenté. Au delà de ça, ma pratique vise à transmettre une dissolution du réel et de l’identité, de flotter dans une certaine indéfinition. Concernant l’acte de déléguer mes performances, je ne me considère pas comme le bon outil. Je préfère “canaliser” ces oeuvres sous forme de protocoles ou de systèmes, et les faire vivre dans d’autres corps-vaisseaux.